Messages des Evêques de Francevendredi 22 avril 2005 Message de Mgr Jean-Pierre RICARDArchevêque de Bordeaux et Président de la Conférence des évêques de FranceL’Église catholique vient de recevoir un nouveau Pasteur, le Pape Benoît XVI. Nous nous réjouissons et nous rendons grâce : Dieu n’abandonne pas son Eglise ! A nous, catholiques, le Pape est donné comme point d’appui de notre foi : enraciné, par l’Esprit, dans la Parole du Christ, il nous conduira vers le Père ! A nous évêques, responsables des Eglises particulières, Il est donné comme fondement de notre communion dans la diversité de nos missions. Merci de tout coeur à la terre d’Allemagne qui donne l’un de ses fils à Rome et au monde entier ! Dans ce monde où doivent être relevés de terribles défis, les défis de la faim et de la pauvreté, de la liberté et de la paix, de la dignité de la personne et du respect de la vie, il sera, après le bien aimé Jean-Paul II, sentinelle de l’humanité, témoin de l’amour de Dieu pour tous et premier serviteur de l’unité. Le monde est devenu un village global : jamais nous n’avons eu autant besoin du successeur de Pierre pour bâtir une fraternité universelle dans la vérité, pour ouvrir l’Eglise sur le monde et la guider vers la sainteté. Sans plus tarder, avec l’Eglise de Rome et l’Eglise universelle, l’Eglise catholique en France prie avec ferveur et affection pour le Pape Benoît XVI : Qu’il soit principe et fondement visible de l’unité dans la foi et de la communion dans la charité. + Jean-Pierre RICARD, Archevêque de Bordeaux, Président de la Conférence des évêques de France. Homélie de Mgr Jean-Louis Brugues,Eveque d’AngersCes extraits ont été rédigés à partir de notes prises au cours de son homélie « Je n’ai pas préparé cette homélie, et pour cause. Si vous lui trouvez par conséquent un aspect désordonné, vous voudrez bien m’en excuser. Sur ce nouveau pape, permettez moi de dire trois choses :
Benoît, Benoit XVI qui vient pardonnez-moi ... après Benoît XV Benoît XV a été un pape mal aimé. Car durant la première guerre il avait voulu rapprocher deux peuples qui se livraient une terrible bataille dont d’une certaine manière, l’Europe ne s’est pas remise, la France et l’Allemagne. Il est mort critiqué par les uns, honni par les autres, précisément parce qu’il voulait réconcilier à un temps ou sans doute cette réconciliation apparaissait chimérique. Le pape qui vient d’être élu est un allemand, un bavarois, Et je puis vous assurer qu’il connaît magnifiquement la culture française. Benoit, béni, Benoit le réconciliateur, voilà sans doute tout un programme à la fois spirituel et politique.
J’ai eu à travailler pendant ce long laps de temps avec lui puisque, comme préfet de la congrégation de la foi, il était le président de cette commission qui avait été inventée par le concile Vatican II Lorsque j’ai appris en venant sur le chemin que c’était lui me sont revenues évidemment en mémoire des images. Première image, l’intelligence, Une intelligence comme j’en ai peu connues dans mon existence. Un intelligence à la fois spéculative au sens de celle qui comprend tout de suite les enjeux. Mais pédagogique aussi. Je me rappelle, comme nous travaillions des sujets difficiles, nous nous retrouvions tous la tête entre les mains en nous disant : comment va-t-on sortir de cette impasse ? Et avec lui, tout s’éclairait. Et nous nous disions chacun en lui-même, comment se fait-il que je n’y ai pas pensé plus tôt ? Il a le don d’éclaircir ce qui est compliqué. L’intelligence et en même temps la bonté qui n’est pas seulement une apparence de douceur, qui n’est pas seulement un affaire de courtoisie..... Mais qui est la volonté pour le cœur de parler au cœur Cet homme capable de s’engager dans des discussions particulièrement abstraites, philosophiques, théologiques est tout aussi capable de parler d’homme à homme de se confier, de vous écouter, de vous écouter avec bienveillance. Je prends ce terme dans son sens étymologique, ce qu’il vous disait revenait à « veiller sur votre bien » Je crois pouvoir dire que chaque fois que je l’ai rencontré, je suis sorti de l’entretien réconforté, réconcilié avec les difficultés que j’avais rencontrées Intelligence , bonté voilà sans doute les caractéristiques de ce pape béni. Oh je sais bien, des images circulent, on l’a présenté comme le chef des conservateurs, et je suis sûr que ce soir certains se demandent si son élection ne va pas marquer un virage dans le sens droitier si ces mots ont un sens ..
Vous savez dans la vieille France, ici en Anjou je peux l’évoquer, il y avait un dicton qui disait que « le roi oublie le dauphin « Comme dauphin, le prince pouvait avoir contracté des alliances, présenté des affirmations : une fois au trône rien ne compte de ce qu’il a fait auparavant. L’avènement au thrône ouvre une page de virginité totale. Il en est de même pour le pape. Et il faut donc lui accorder le bénéfice de l’intégrité de sa bonne volonté. Pour ce mettre au service de la totalité de l’Eglise, de l’Eglise universelle. La deuxième réflexion. Méfiez-vous des opinions reçues. Vous avez bien compris qu’il y avait comme une répartition des rôles Au pape, l’homme en blanc, le soin d’accueillir les foules, de les réconforter, de les enseigner Et puis il y a , à côté de lui, l’homme en noir, le préfet de la congrégation de la foi dont on rappelle chaque fois qu’elle fait suite au Saint Office du sinistre mémoire. Le préfet de cette congrégation a une tâche , O combien difficile, O combien nécessaire ! Il dit la doctrine Il est là pour rappeler ce qu’est la foi, la foi qui n’est pas un cri, qui n’est pas un sentiment, pas seulement une attitude Il y a dans la foi un contenu, une vérité, une consistance Et il est chargé, lui c’est sa mission de dire la foi. Ceux qui ne se reconnaissent tout à fait à l’intérieur de cette consistance manifestent évidemment de l’inquiétude pour ne pas dire de la réprobation. Il devient l’homme en blanc, il va changer de rôle, mais il faudra aussi qu’il y ait un autre préfet. Bien évidemment je ne sais pas qui cela va être, mais je peux assurer que dans quelques temps, il jouira de la même mauvaise réputation que celui qui jusqu’à maintenant s’appelait le cardinal Ratzinger
Dans l’Evangile qui vient d’être proclamé, j’ai retenu cette fin d’interrogation des juifs « Dis le nous, si tu es le messie, dis le nous » Il me semble que le nouveau pape pourrait prendre ces quelques mots comme devise Le « dire ouvertement » Dire ouvertement ce qui est Dieu, ce qui est son beau projet d’amour. Pour tous les hommes sans exception sans discrimination, pour chacun de nous Dire ouvertement quel est le chemin de sainteté par lequel le Christ nous attire à lui Dire ouvertement comme pasteur à travers quels verts pâturages il nous conduit. Amen » Message de Mgr Gérard Daucourt,Evêque de NanterreVive Benoît XVI !Par le Collège des cardinaux, le Saint-Esprit nous donne un Pape, que nous accueillons dans la foi, l’espérance et l’amour. A soixante dix-huit ans, Joseph Ratzinger accepte d’être un Simon de Cyrène portant une lourde part de la croix du Christ, mais dans la puissance de sa Résurrection qui se déploie dans toutes nos faiblesses. Le Bienheureux pape Jean XXIII avait été élu à cet âge-là, et son élection avait suscité la déception chez une grande partie des Français qui le connaissaient et le jugeaient conservateur. Il y a vingt-six ans, le Saint-Esprit nous avait donné le premier pape slave : Jean-Paul II le Grand. Le Saint-Esprit souffle comme il veut et crée souvent la surprise dans l’Eglise et dans le monde. Benoît XVI est l’héritier direct de Jean-Paul II, dont il fut le bras droit. Il est d’un tempérament complètement différent, tout de calme, de douceur et même de timidité. J’ai eu très souvent l’occasion de le rencontrer en participant à des réunions de travail pour des questions œcuméniques ou lors des visites ad limina. Il y a une dizaine d’années, il m’a reçu personnellement pour m’apporter ses conseils et son appui dans une affaire délicate dans laquelle je devais exercer mon discernement d’évêque. Pour servir l’Eglise universelle, notre nouveau Pape est doté d’une puissance intellectuelle hors du commun, de l’humilité d’un saint et de l’amabilité d’un frère en humanité. Pendant vingt-quatre ans à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec Jean-Paul II, il a aidé l’Eglise à rester fidèle à la doctrine catholique. Il a assumé cette mission avec rigueur, sans concession et avec une grande ouverture de cœur. Certaines expressions des documents qu’il a signés ont pu choquer ou décevoir, parce qu’on les a estimés trop durs ou fermant toute recherche. Il a toujours accepté d’en rediscuter et même parfois de modifier son point de vue comme l’ont prouvé ses interventions successives à propos de la théologie de la libération en Amérique latine. Je comprends que certains veuillent dire leur désaccord avec telle position doctrinale prise par celui qui était alors le cardinal Ratzinger. J’aimerais seulement qu’ils disent avec exactitude ce qu’il a dit. (...) Répondons au premier appel de Benoît XVI, qui dès son élection nous a dit : je me confie à votre prière. Avançons, le Seigneur nous aidera. Marie sera à nos côtés. Prions aussi les uns pour les autres afin qu’avec nos diverses sensibilités, nous vivions dans la foi le service de communion universelle du Successeur de Pierre. + Mgr Gérard DAUCOURT, Evêque de Nanterre. Message de Mgr Jean-Yves Riocreux,Evêque de PontoiseAinsi donc, le premier Conclave de ce troisième millénaire a été un des plus rapides de l’histoire de l’Eglise. A l’attente du peuple de Dieu et du monde, les 115 cardinaux ont répondu par cette unanimité pour désigner le Cardinal Ratzinger qui a pris le nom de Benoit XVI. Avec toute l’Eglise, avec tous les pays, avec les jeunes prompts à manifester leur enthousiasme, nous nous réjouissons de ce don que Dieu fait dans ce choix du 264ème successeur de Saint Pierre. Comme nous avons prié tout au long de ces derniers jours pour Jean Paul II et pour le Conclave, nous prions pour lui, comme nous y invitait la prière de l’Eglise en ce mardi : "Seigneur ressuscité, rappelle toi l’humble amour de Pierre, à qui tu as confié la charge du troupeau : garde à son successeur le même amour dans la même foi". “Seigneur ressuscité, rappelle toi l’humble amour de Pierre, à qui tu as confié la charge du troupeau : garde à son successeur le même amour dans la même foi.”Connaissant l’itinéraire exceptionnel de Joseph Ratzinger depuis son petit village de la Bavière jusqu’à Rome, nous pouvons être sûrs qu’il saura "nous confirmer dans la foi" comme Jésus l’avait demandé à l’apôtre Pierre (Luc 22, 32) Déjà dans sa première apparition à la basilique Saint Pierre, il a montré à la foule immense, à chacun sa disponibilité pour servir l’Eglise, humblement. Humilité, amabilité, culture, intelligence, don des langues, voici les mots qui caractérisent Benoit XVI... contrairement aux raccourcis journalistiques l’enfermant dans un mot, une catégorie. J’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises, notamment en octobre dernier à l’aéroport de Rome. Le rencontrant, j’évoque avec lui la séance de travail que nous avions eue à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et nous bavardons en évoquant l’Eglise, le cardinal Gantin - son prédécesseur comme doyen du collége des cardinaux -. Brefs propos confirmant ce que ses proches peuvent dire de lui : son écoute, son regard, son sourire, sa douceur. En serviteur de Dieu, il s’est laissé guider en reconnaissant la Providence de Dieu en toutes circonstances : "Je suis très fermement persuadé que Dieu nous voit réellement et qu’Il nous laisse notre liberté - et pourtant il nous conduit aussi. J’observe souvent que des choses qui vous paraissaient tout d’abord contrariantes, dangereuses deviennent positives à un moment donné. Pour moi, d’un point de vue pratique, cela signifie que ma vie ne se compose pas de hasards, mais que quelqu’un prévoit et me précède et pense à moi d’avance et arrange ma vie. Je peux me refuser à cela, mais je peux aussi l’accepter et je remarque alors que je suis vraiment conduit par une lumière "prévoyante". Cette phrase, donnée en réponse à un journaliste il ya dix ans, montrait combien cet homme s’est laissé conduire toute sa vie.(Le sel de la terre, entretiens du cardinal Ratzinger, Flammarion/Cerf). En choisissant le nom de Benoit, il rappelle la figure extroardinaire du fondateur du monachisme en Europe, Saint Benoit, mais aussi Benoit XIV, personnalité centrale dans l’histoire de l’Eglise au XVIIIème siècle et surtout Benoit XV, pape de 1914 à 1922, pape réformateur et pacificateur. Avant le conclave, aux questions posées, je répondais en disant que nous aurons un pape qui s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur, Jean Paul II et dans la nouveauté, en raison de l’origine, de l’histoire personnelle et de l’expérience du nouveau pape. Continuité en raison de la confiance et de l’amitié entre Jean Paul II et le cardinal Ratzinger. Dans l’ouvrage déjà cité, il dit son admiration pour celui qui l’a appelé à Rome, "sa franchise, son ouverture, sa cordialité, son humour...On sentait qu’il y avait un homme de Dieu". Propos de Benoît XVI parlant de Jean-Paul II ! Nouveauté, comme il l’a montré le jour de son élection dans son large sourire, ses mots simples et profonds. Quelle joie en pensant à la grâce que Dieu va lui donner et donner à l’Eglise d’Allemagne et à l’Eglise Universelle : les JMJ de Cologne en août prochain. Personne ne pouvait penser au déroulement de ce mois d’avril 2005 avec l’émotion, l’hommage et la prière de toute l’Eglise pour le Grand Pape Jean Paul II... et la suite avec le nouveau pape allemand venant dans son pays natal pour rencontrer les centaines de milliers de jeunes du monde entier. Avec toute l’Eglise, nous nous réjouissons et nous rendons grâces. (...) † Mgr Jean-Yves Riocreux, Evêque de Pontoise (20 Avril 2005) Répondre à cet article | ||