Catéchèse du 18 août. Thème : "Rencontrer le Christ dans l’Eucharistie"

Mgr Le Gall, Evêque de Mende

vendredi 19 août 2005


« Ils virent l’enfant avec Marie, sa mère ; et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. » (Mt 2, 11)

Comme les Mages, nous avons suivi l’étoile, malgré les nuages qui pouvaient parfois la faire disparaître ; elle nous conduit à Jésus, qui est aussi « l’Etoile radieuse du matin » (Ap 22, 16), pour l’adorer, présenté par sa Mère et la nôtre. C’est le sens de toutes les Vierges à l’enfant que nous connaissons - statues, vitraux, peintures, miniatures, etc. ; Marie nous fait connaître son Fils : elle nous le présente, elle nous le donne, il se donne à nous, pour que nous nous donnions à eux à notre tour. L’enfant est le fils de Marie, mais d’abord le Fils de Dieu : instruits par leur lumière intérieure, les Mages « l’adorent ». C’est ce que nous faisons, tout spécialement en ces Journées mondiales de la Jeunesse qui nous rassemblent à Cologne et autour de Cologne ; nous le vivrons de façon intense autour de Benoît XVI dans le sacrifice eucharistique qui nous rassemblera en une immense assemblée.

Le songe de Don Bosco voyait réunies « les trois blancheurs » : la Vierge, l’Eucharistie et le Saint Père. Pour le mieux le comprendre, nous allons recueillir l’enseignement de Jean Paul II dans sa Lettre apostolique pour l’Année de l’Eucharistie ; s’y lient et relient les mystères de notre foi : les trois Personnes divines, l’Incarnation rédemptrice, Marie, l’Eglise et l’Eucharistie.

Cette dernière Lettre apostolique de celui que l’on peut appeler à plusieurs titres « Jean Paul le Grand » est un petit joyau intitulé Mane nobiscum Domine, un texte ciselé qui apparaît comme son testament. Joyau à quatre facettes, puisqu’il comporte quatre chapitres ; aux arêtes précises, car il est court et tonique ; d’une pureté cristalline, qui lui permet de refléter en les simplifiant toute la suite unifiée des initiatives et des enseignements du grand pape.

Les trois Personnes divines

Cette Lettre ultime se situe d’emblée dans la continuité du concile Vatican II et du Grand Jubilé de l’An 2000, l’un et l’autre focalisés sur le Christ, le Verbe incarné, « Lumière des nations ». On sait que le pape a voulu préparer le Grand Jubilé de l’Incarnation par trois années consacrées successivement au Christ, à l’Esprit et au Père, ordre peu habituel des Personnes divines, ordre nous rappelant que c’est par le Christ que nous allons, dans l’Esprit, vers le Père. En effet, notre foi chrétienne confesse fondamentalement les Trois Personnes divines, au nom desquelles nous sommes baptisés, et l’Incarnation rédemptrice du Fils unique de Dieu, grâce à laquelle nous avons part à la vie trinitaire. Quelle est la place du Père et du Fils et du Saint Esprit - au nom de qui je suis baptisé - dans ma vie de tous les jours ?

L’Incarnation rédemptrice, Marie et le Rosaire

Parler d’un Jubilé de l’Incarnation impliquait déjà l’évocation de l’Eucharistie. Dès la Lettre apostolique Tertio millennio adveniente du 10 novembre 1994, Jean Paul II écrivait : « L’An 2000 sera une année eucharistique : dans le sacrement de l’Eucharistie, le Sauveur incarné dans le sein de Marie il y a vingt siècles, continue à s’offrir à l’humanité comme source de vie divine. » L’Incarnation supposait aussi toute la présence de la Mère de Dieu : c’est pourquoi, après le Grand Jubilé, le Saint Père a voulu consacrer toute une année (octobre 2002 octobre 2003) au Rosaire de la Vierge Marie, thème d’une Lettre apostolique publiée le 16 octobre, date à laquelle le pape commençait la XXVe année de son Pontificat. « Avec l’indiction de l’Année du Rosaire, j’ai repris le thème de la contemplation du visage du Christ à partir de la perspective mariale, proposant à nouveau le Rosaire. C’est pourquoi, portant à une nouvelle maturation un itinéraire pluriséculaire, j’ai voulu que cette forme privilégiée de contemplation puisse parfaire son caractère de véritable “résumé de l’Evangile”, en y intégrant les mystères lumineux. Et comment ne pas placer l’Eucharistie au sommet des mystères lumineux ? » Est ce que je prie le chapelet, proche du cœur de Marie, pour être mieux au cœur des mystères de notre foi ?

Une Année de l’Eucharistie

L’encyclique sur l’Eucharistie Ecclesia de Eucharistia est publiée le Jeudi saint au milieu de l’Année du Rosaire, le 17 avril 2003, l’Eucharistie étant confiée, pour ainsi dire, à la Vierge Mère comme la conception, la naissance et l’éducation de Jésus, comme la naissance de l’Eglise au pied de la Croix et à la Pentecôte. Une année a passé depuis la fin de l’Année du Rosaire en octobre 2003 jusqu’en octobre 2004, où commence l’Année de l’Eucharistie qui doit durer jusqu’en octobre 2005. La Lettre apostolique Mane nobiscum Domine est publiée le 7 octobre 2004, au tout début cette Année : la date choisie pour sa signature illustre encore cette imbrication constante entre l’Incarnation, le Rosaire et l’Eucharistie ; vraiment, l’Eucharistie se raccroche au Rosaire. L’Année de l’Eucharistie doit s’achever par le Synode des Evêques prévu pour le mois d’octobre 2005 le mois du Rosaire ! - avec le thème : « L’Eucharistie : source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise ». Tout ceci est voulu par Jean Paul II, comme il l’explique lui même : « L’Année de l’Eucharistie s’inscrit donc sur une toile de fond qui s’est enrichie d’année en année, tout en restant toujours parfaitement centrée sur le thème du Christ et de la contemplation de son Visage. En un sens, elle est proposée comme une année de synthèse, une sorte de sommet de tout le chemin parcouru. » La Lettre apostolique est une clé pour l’intelligence du passé, comme aussi pour l’avenir, car Mane nobiscum Domine annonce et attend deux événements : le Synode des Evêques comme conclusion de l’Année de l’Eucharistie, mais d’abord les Journées mondiales de la Jeunesse à Cologne du 16 au 21 août 2005 sur le thème : « Nous sommes venus l’adorer », texte de Matthieu (2, 2) relatif à l’adoration des Mages que le pape applique à l’Eucharistie. « L’Eucharistie est le centre vital autour duquel je désire que les jeunes se rassemblent pour nourrir leur foi et leur enthousiasme. L’idée d’une telle initiative eucharistique était déjà depuis un certain temps dans mon esprit : elle constitue en effet le développement naturel de l’orientation pastorale que j’ai entendu donner à l’Eglise, spécialement à partir des années préparatoires au Jubilé et que j’ai reprise ensuite au cours des années suivantes. »

Des équilibres à redécouvrir et à maintenir

Cette Lettre testament, ciselée comme un joyau, est remarquable, non seulement en ce qu’elle cristallise l’enseignement du pape depuis une dizaine d’années, mais encore en ce qu’elle présente l’Eucharistie, de façon positive, avec un équilibre et une concision rarement atteints. Les deux tables de la Parole et du Pain y trouvent leur juste place, que chaque célébration doit savoir balancer : la liturgie de la Parole doit conduire à la célébration du Sacrifice proprement dit, lequel s’achève dans la communion au Corps et au Sang du Christ ; la première partie ne doit pas se développer aux dépens de la seconde. Quelle est dans ma vie la place de la Parole de Dieu (avec Magnficat ou Prions en Eglise, la liturgie nous initiant à la Bible) ? Jean Paul II montre l’exemple : il avait pris l’habitude depuis de nombreuses années, d’ouvrir et de développer son enseignement à partir d’un épisode évangélique fort : ici les disciples d’Emmaüs, comme la parabole de l’enfant prodigue dans l’encyclique Dives in misericordia , la Transfiguration dans Vita consecrata , ou la conversion de Zachée dans la Lettre aux prêtres pour le Jeudi saint 2002. Ainsi le pape a t il jusqu’au bout rempli son ministère de paterfamilias et de scribe qualifié du Nouveau Testament chargé de proposer à ses disciples nova et vetera à partir de l’Evangile. La « présence réelle » n’est pas un absolu en soi ; elle doit toujours rester en référence au réalisme du sacrifice eucharistique : les espèces séparées du pain et du vin, devenues le Corps et le Sang du Christ, font de cette oblation de l’Eglise l’authentique actualisation non sanglante du sacrifice sanglant du Calvaire, offert par le Christ une fois pour toutes. Ainsi toute forme de célébration eucharistique en dehors de la messe doit être en lien avec cette présence réelle pour le sacrifice : « célébrer, adorer, contempler » se font dans un seul mouvement, pour approcher le Visage du Christ transfiguré, défiguré, ressuscité et entrer dans son mystère. D’une part, l’adoration eucharistique, à laquelle le Saint Père appelle, est reliée au sacrifice eucharistique et à l’autel, à la liturgie de la Parole et à l’assemblée, au ministère ordonné d’une façon ou d’une autre ; d’autre part, elle doit amener à « un engagement effectif dans l’édification d’une société plus équitable et fraternelle » . Ainsi l’Eucharistie est elle « principe et projet de mission », selon le titre du quatrième et dernier chapitre de la Lettre apostolique : c’est peut être sa partie la plus nouvelle, qui témoigne encore de cet équilibre caractéristique du précieux document, novissima verba du grand pape. Comment la messe et l’adoration eucharistique me conduisent à m’engager au service des autres dans un souci missionnaire dynamisé par l’Ite missa est ? Comment aussi mes engagements me ramènent ils à l’Eucharistie ?

Benoît XVI sur les pas de Jean Paul II

Jean Paul II ne présidera pas les Journées mondiales de la Jeunesse à Cologne ni le prochain Synode des évêques ; il en suivra et en guidera les rencontres de la Maison du Père où il est parti rejoindre le Christ. Son successeur Benoît XVI, élu au beau milieu de cette Année de l’Eucharistie, a confirmé ces rendez vous donnés par son prédécesseur, dont il fut le collaborateur privilégié. Dès son premier discours, au lendemain de son élection, à la fin de la messe qu’il célébrait avec les cardinaux dans la chapelle Sixtine, voici ce qu’il déclarait : « D’une manière tout à fait significative, mon Pontificat commence alors que l’Eglise est en train de vivre une Année spéciale dédiée à l’Eucharistie. Comment ne pas relever dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel je suis appelé ? L’Eucharistie, cœur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l’Eglise ne peut pas ne pas constituer le centre permanent et la source du service pétrinien qui m’a été confié. « L’Eucharistie sera au centre, en août, de la Journée mondiale de la jeunesse à Cologne et, en octobre, de l’Assemblée ordinaire du Synode des Evêques qui se tiendra sur le thème : “L’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise”. A tous, je demande de vivre plus intensément dans les prochains mois l’amour et la dévotion pour Jésus Eucharistie et d’exprimer de façon courageuse et claire la foi dans la présence réelle du Seigneur, avant tout par la solennité et la rectitude des célébrations. » Le Saint Père a aussi demandé à ses Frères dans l’Episcopat d’être à ses côtés par la prière et par le conseil, dans la volonté de renouveler la synodalité entre Evêques autour du successeur de Pierre : nous en ferons l’expérience dans le prochain Synode sur l’Eucharistie, mais déjà nous attendons le Saint Père ici à Cologne, et, dans ces catéchèses, nous exerçons en communion avec lui notre mission de docteurs de la foi, pour reconduire au Christ et à l’Eucharistie, dans l’action de grâce. Retenons cette exhortation emprunté au Message de Jean Paul II pour cette XXe Journée Mondiale de la Jeunesse : « En parcourant de nouveau avec foi l’itinéraire du Rédempteur, de la Crèche jusqu’à l’abandon de la Croix, nous comprenons mieux le mystère de son amour qui rachète l’humanité. L’Enfant, couché par Marie dans la mangeoire, est l’Homme Dieu que nous verrons cloué sur la Croix. Le Rédempteur lui même est présent dans le sacrement de l’Eucharistie. Dans l’étable de Bethléem il se laissa adorer, sous les pauvres traits d’un nouveau né, par Marie, par Joseph et par les bergers ; dans l’Hostie consacrée, nous l’adorons sacramentellement présent dans son corps et dans son sang, dans son âme et dans sa divinité ; il s’offre à nous comme nourriture de vie éternelle. La Sainte Messe devient alors le véritable rendez vous d’amour avec Celui qui s’est entièrement donné pour nous. N’hésitez pas, chers jeunes, à lui répondre quand il vous invite « au banquet des noces de l’Agneau » (cf. Ap 19, 9). Ecoutez le, préparez vous de manière appropriée et approchez du Sacrement de l’Autel, en particulier en cette Année de l’Eucharistie (octobre 2004 - 2005) que j’ai voulu instaurer pour toute l’Eglise. » (n. 3)

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