Aix-La-Chapelle, coeur rayonnant de la chrétienté d’Occident

jeudi 3 mars 2005

Pour fêter les 2000 ans de la naissance du Christ, les musées et églises de la région d’Aix-La-Chapelle invitaient à découvrir les représentations de la figure divine à travers des expositions et un parcours touristique baptisé Christus. Les JMJ peuvent aujourd’hui constituer une occasion renouvelée de partir à la découverte d’un patrimoine culturel riche et fortement empreint d’art religieux, situé à une heure de train à peine de Cologne.


Ancienne station thermale romaine connue sous le nom d’Aquae Grani, Aix-La-Chapelle est demeurée surtout célèbre pour avoir été la résidence favorite de Charlemagne, mais également la ville des couronnements impériaux dès l’an 800, et de façon continue depuis Otton Ier en 936 jusqu’à Ferdinand Ier en 1531.

A quelques pas du Rathaus, construit sur les fondements du palais carolingien, la chapelle Palatine, devenue cathédrale à l’époque gothique, témoigne de manière exemplaire du rayonnement d’une cité qui fut pensée à l’image de Rome et établie comme lieu de pèlerinage majeur dès le Moyen-Age. Une fois passée « la porte du loup » (Wolfstür), l’octogone autrefois orné de fresques et de plaques murales en marbre révèle une architecture emblématique du rôle à la fois politique et religieux que revêtit Charlemagne. Chargé de mener son peuple au Salut, l’empereur fait le relais entre la terre (le parterre des fidèles, la figure du carré) et le ciel (la voûte de l’édifice et la forme parfaite du cercle) : son trône est donc installé face à l’autel, dans la tribune, à l’étage intermédiaire. Réalisé à partir de plaques de marbres récupérées de la période romaine (un jeu est gravé sur l’une des faces), il se veut semblable au siège d’ivoire du roi Salomon, fils de David, évoqué par l’Ancien Testament. Plus tardive, une mosaïque surplombant l’entrée de la nef illustre sur le modèle byzantin et ravennate une scène de l’Apocalypse avec les vingt-quatre vieillards et, au centre, la Jérusalem céleste. En avançant en direction du chœur, la Pala d‘Oro de Salvator Mundi, placée devant l’autel, fait le récit en images de la vie de Jésus. Celui-ci apparaît dans une mandorle, entouré du symbole des quatre évangélistes, le tétramorphe. Plus loin, il est encore possible d’accéder au reliquaire de Charlemagne : une église dans la main droite, l’empereur y est figuré en généreux donateur et puissant édile. Le Trésor, classé Patrimoine Culturel Mondial de l’UNESCO, au même titre que la cathédrale, vaut également le coup d’œil. A côté du sarcophage de Proserpine, ramené de Rome pour servir probablement de cercueil à Charlemagne, sont rassemblées des œuvres aussi admirables que le buste-reliquaire de Charlemagne, la Croix de Lothaire (an mil), la Majestas Domini (vers 1180), un Couronnement de la Vierge daté d’avant 1367 ou bien un magnifique Retable de la Passion. Enfin, last but not least, un détour par l’église abbatiale de Saint-Corneille (Kornelimünster) s’impose pour les plus curieux. Une surprenante peinture murale du Golgotha, découverte en 1980 et attribuée par les historiens à un dénommé Hubert d’Aix-La-Chapelle, pourra faire méditer : probablement polychrome à l’origine, les couleurs ont disparu et les larrons sont désormais les seuls personnages visibles. De la figure progressivement effacée du Christ ne subsistent en effet plus que les seuls contours, ce qui dès lors donne au message de l’œuvre une portée nouvelle et pleine de sens.

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